Un Noël en Géorgie – Traditions et repas de fête

Le 25 décembre, Noël, est l’une des dates les plus importantes du calendrier chrétien: c’est la naissance de Jésus de Nazareth au moment du solstice d’hiver. Mais pour certains, c’est une fête populaire déconnectée de son fondement religieux.

Il est vrai que le père Noël et ses cadeaux, le sapin, les décorations, les chants, et les repas de famille peuvent l’emporter sur la nativité. En ce qui me concerne, quand on me demande mes souvenirs de Noël, je retourne directement à la magie du père Noël de mon enfance. Tout commençait lorsqu’on recevait les catalogues de jouets, et qu’il fallait lui envoyer notre lettre. Quel stress, mais quels moments mémorables ! 
C’est toujours une période magique pour moi. Et quand je visite un nouveau pays à l’approche de Noël, je suis curieuse de ses us et coutumes.  

Au moment où j’écris cet article, je suis à Tbilissi, la capitale de la Géorgie, dans la région du Caucase.
C’est un pays accueillant et très ouvert. Dans la culture géorgienne, les visiteurs sont envoyés par Dieu, et doivent être reçus avec chaleur. Je vous rassure, ils ne nous embrassent pas à chaque coin de rue, mais on se sent les bienvenus.
D’ailleurs, une immense statue surplombant la vieille ville, la « Mère des Géorgiens », symbolise ce trait du caractère national : dans sa main gauche, elle tient un bol de vin pour saluer ceux qui viennent en ami, et dans sa main droite une épée pour ceux qui viennent en ennemi. 
C’est aussi un pays où un bon repas servi avec un bon vin est la clé du savoir vivre. Et j’avoue qu’on se régale de leurs plats, quelque fois un peu lourds, et de leur vin, toujours très bon. 

J’imagine comment se passent leurs repas de fête !

Mais avant de parler du repas, les traditions du pays

Noël en Géorgie est fêté le 7 janvier de notre calendrier.

Pourquoi ? 

Parce que les Géorgiens sont orthodoxes, et que l’Église orthodoxe géorgienne fait partie des quatre églises orthodoxes à toujours suivre le calendrier julien. Les autres utilisent le calendrier julien révisé, qui est le calendrier julien auquel on a enlevé 13 jours afin qu’il s’aligne au calendrier grégorien, le calendrier des églises catholiques et notre calendrier civil. 

Pour les curieux, l’explication des 13 jours de décalage

Le calendrier grégorien a été adopté le lendemain du 4 octobre 1582. Il a été décidé, cette année là, que le lendemain du 4 octobre ne serait pas le 5 octobre mais le 15. Soit 10 jours de différence. Je n’ai pas trouvé d’explication à cela ! Si on ajoute les différentes façons de définir les années bissextiles, nous arrivons à la différence de 13 jours.

Donc comme le 1 janvier civil arrive avant le 25 décembre julien, chronologiquement, en Géorgie, la nouvelle année est fêtée avant Noël. 

Les célébrations de la nouvelle année

Tout commence le 31 décembre, le jour de Tovlis Babua, le père Noël géorgien.


Et oui, les enfants géorgiens ont aussi leur Père Noël, Tovlis Babua, le « grand-père des neiges ». Tout de blanc vêtu, il porte les vêtements traditionnels géorgiens ainsi qu’un manteau de fourrure appelé « nabadi » Ce manteau, lourd et très chaud, est fait de laine de mouton. C’est le même manteau que les bergers portaient, mais les leurs étaient faits dans des couleurs plus foncées.

C’est donc la veille du Jour de l’An qu’il descend des montagnes du Caucase pour distribuer des cadeaux et des bonbons à tous les enfants sages. Pour le remercier, ils lui préparent un « Churchkhela », une délicieuse friandise à base de noix et de jus de raisin. 

Le 1er janvier, jour du nouvel an

C’est le jour de Mekvele, une autre tradition typiquement géorgienne.

Celle-ci veut que la première personne à entrer avec des « pieds heureux » dans une maison le jour de l’An apporte symboliquement joie et prospérité.

Cette personne aux « pieds heureux » est choisie parmi un cercle d’amis proche ou fait partie de la famille. Les « pieds heureux » sont invités à entrer dans les foyers et se retrouvent sous un jet de bonbons. En retour, ils présentent aux hôtes un panier de friandises, en leur souhaitant une heureuse nouvelle année.

Beaucoup de sucreries, dans l’espoir d’une douce année à venir !

Bedoba, le jour de chance

Après une courte pause dans les festivités, arrive le 2 janvier. Ce jour, appelé « Bedoba », est considéré comme un jour de chance. Une autre tradition veut que ce qui se passe le jour de Bedoba se répète tout au long de l’année. Autant dire que c’est un autre jour d’abondance, et que les festivités reprennent de plus belle.

Il est maintenant temps de se préparer pour le jour de Noël. Les décorations et l’arbre de Noël ont déjà été mis en place durant le mois de décembre, et il ne reste plus qu’à se préparer pour le jour J.

Noël

L’arbre de Noël



Même si aujourd’hui on trouve de vrais sapins en guise de sapin de Noël, ils sont différents de l’arbre de Noël traditionnel géorgien. 

Le chichilaki, son nom, est fabriqué à partir d’une branche droite de noisetier ou de noyer. Une fois sèche, l’artisan l’écorce et la taille. Puis, à l’aide d’un outil coupant et en travaillant de bas en haut, il détache de fines lamelles de bois de la branche, les laissant attachées au sommet. En faisant tourner le morceau de bois et après plusieurs passages successifs, les lamelles, qui bouclent naturellement, donnent à l’ensemble la forme d’un sapin. Une croix en bois est généralement attachée au sommet du chichilaki. Il ne reste plus qu’à le décorer avec des fruits, des baies et des fleurs.

Les chichilakis sont brûlés cérémonieusement la veille de l’Épiphanie orthodoxe géorgienne du 19 janvier. Un symbole de la disparition des troubles de l’année précédente, qui partent en fumée.

L’utilisation du chichilaki comme décoration de Noël est généralement considérée par les Géorgiens comme plus respectueuse de l’environnement que la coupe des pins.

Et c’est le jour de Noël, le 7 janvier.

Le jour du réveillon de Noël, des bougies sont posées sur le rebord des fenêtres, afin qu’elles soient vu de l’extérieur. Mais la vraie célébration aura lieu le lendemain.

Le jour de Noël est également le jour de « l’Alilo« , une procession religieuse à laquelle les chrétiens orthodoxes participent. Des icônes, des croix et des bannières sont portées dans les rues aux sons de chants de Noël. 
D’ailleurs, le nom Alilo provient du nom d’un chant de Noël traditionnel géorgien.

Alilo est une tradition de longue date qui remonte au 6e siècle. Chacun visitait sa famille et leur souhaitait un joyeux Noël en chantant. En retour, ils recevaient de la nourriture et des bonbons. Un œuf était le cadeau incontournable qui symbolisait la fertilité.
Aujourd’hui, la tradition a évolué, mais est toujours vivante. Le cortège, généralement mené par des enfants habillés en blanc, collecte de la nourriture, des bonbons et des cadeaux. Les dons sont rassemblés dans l’église où se déroule le service de Noël. Après le service, ils sont distribués aux personnes nécessiteuses. 

Les enfants qui participent au cortège ont également un autre but, un peu plus personnel ! Ils vont de maison en maison et demandent des friandises avec la phrase : « des bonbons ou un sort ».

Le repas de Noël

La cuisine géorgienne est pleine de saveur. C’est un mélange de cuisines méditerranéenne, turque et du moyen-orient. 
Les principaux ingrédients sont les noix, la grenade, les haricots rouges, le fromage, le miel, la coriandre et l’ail. Le tout cuisiné avec beaucoup de beurre et de crème, et accompagné de pain. Ce n’est pas une cuisine légère, mais c’est indéniablement ce qui la rend si savoureuse.

Les deux plats de viande traditionnels de Noël en Géorgie sont le porc et la dinde. Le porc est ici le symbole de la prospérité. Pour Noël, des porcelets sont grillés dans un style géorgien avec des herbes. L’autre plat, le satzivi, est un plat fait à base de dinde et de sauce aux noix.

Après avoir fait un petit tour des recettes de Noël géorgienne, j’en ai sélectionné quelques unes pour un repas de Noël typique.

Le « khachapuri »

Ce plat est un incontournable, qui est consommé tout au long de l’année et dont je ne me lasse pas. La traduction serait « pain au fromage géorgien » ou ‘tarte au fromage ». Il fait parti des aliments de base du régime géorgien. Il en existe plusieurs versions, chacune spécifique à une région différente.  

Imeruli khachapuri: De forme ronde, le fromage se trouve à l’intérieur du pain.

Megruli khachapuri: Il est similaire au précèdent, mais on lui a ajouté du fromage et du beurre sur le dessus.

Acharuli khachapuri: Il a la forme d’un bateau, est rempli de fromage fondu et de beurre sur lesquels trône un œuf cru. Il est servi très chaud et il faut fouetter le fromage, l’œuf et le beurre avec une fourchette avant de déchirer les bords de la pâte pour les plonger dans le mélange de fromage. Mon préféré ! Voici la recette pour quatre petites barques.

Ingrédients (4 pers)
  • 500 g de farine
  • 400 g de mozzarella ou feta
  • 4 oeufs
  • 150 ml de lait tiède
  • 1 sachet de levure boulangère
  • 3 c. à soupe d’huile d’olive
  • 1 c. à soupe de sucre en poudre
  • 1 c. à café de sel

Préparation 30 min
Cuisson 15 min
Repos 1 h 10 min
  1. Préchauffez le four à 200°C (th.6). Faites chauffer le lait dans une casserole. Mélangez le lait tiède, le sucre et la levure dans un saladier. Laissez reposer 10 min. Ajoutez petit à petit la farine, l’huile et le sel. Pétrissez la préparation jusqu’à obtenir une pâte élastique sans être collante. Rajoutez de l’eau si nécessaire. Couvrez le saladier et laissez lever la pâte dans un endroit chaud pendant 1h.
  2. Une fois la pâte reposée, pétrissez-la à nouveau. Séparez la pâte en 4 boules distinctes. Versez de la farine sur votre plan de travail. À l’aide d’un rouleau à pâtisserie, étalez chaque boule de pâte en cercle d’environ 5 mm d’épaisseur. Repliez les bords de chaque extrémité de façon à former une barque ovale.
  3. Coupez le fromage en petits morceaux. Déposez les bateaux formés sur une plaque de cuisson recouverte de papier sulfurisé. Garnissez-les chacun de fromage. Enfournez pendant 10 min.
  4. À leur sortie du four, cassez un oeuf sur chaque khachapuri. Enfournez à nouveau pour 5 min en surveillant la cuisson. Veillez à ce que le jaune d’oeuf reste liquide. À déguster aussitôt chaud.

Satzivi salé, une recette de dinde à la sauce aux noix

Satsivi salé est un plat national géorgien de volaille tendre et bouillie, enrobée d’une sauce épaisse et crémeuse aux noix et à l’ail. Il est en général servi froid, ce qui permet dans ce cas-là de préparer le plat la veille, mais certain l’apprécie également chaud.

Sauce satsivi

Ingrédients (4 pers)
  • 2 gousses d’ail
  • 1 échalote
  • 200 g de noix décortiquées
  • 3 grains de coriandre
  • 4 grains de poivre
  • 2 cuillères à soupe de ciboulette hachée
  • 1 bonne pincée de safran
  • 1/4 cuillère à café de paprika
  • 1 pointe de cannelle
  • sel
  • 2 jaunes d’oeufs
  • 10 cl de vinaigre de cidre
  • Bouillon de volaille
Préparation 20 min
Cuisson 5 min
  1. Avec un mixer, hachez l’ail, l’échalote, les noix, les fines herbes et la coriandre.
  2. Ajoutez peu à peu le vinaigre, les jaunes d’oeufs, les épices, puis le bouillon de légumes très chaud. Ajoutez suffisamment de bouillon pour faire une crème épaisse.
  3. Réchauffez la sauce, éventuellement au bain-marie car elle ne doit pas bouillir

Mtsvadi, le barbecue géorgien

« Mtsvadi » est appelé le plat des rois et les Géorgiens l’apprécient depuis l’Antiquité. Il est un héritage de leurs ancêtres, quand ceux-ci se régalaient de viande cuite sur le feu après la chasse. Il parait même que le roi Héraclius II, qui fut l’un des plus grands rois de Géorgie, aimait particulièrement manger du mtsvadi dans les montagnes.
Le mtsvadi peut être préparé avec du porc, du mouton ou du veau. Vous pouvez également utiliser du bœuf si vous préférez, mais pour les Géorgiens, ce ne sera plus le mtsvadi traditionnel. 
La particularité du plat est que la viande est marinée dans du jus de grenade avant d’être rôtie, ce qui la rend particulièrement tendre, juteuse et délicieuse.

Ingrédients (4 pers)
  • 1 kg de viande
  • 2-3 oignons
  • 300-400 ml de jus de grenade naturel fraîchement pressé
  • 1 cuillère à soupe d’huile
  • Sel et poivre
  • On peut ajouter des épices séchées (Khmeli suneli) ou des graines de coriandre
Préparation 20 min
Cuisson 5 min
  1. Coupez la viande en morceaux de taille moyenne et coupez les oignons en rondelles.
  2. Préparez la marinade avec le jus de grenade, les épices séchées, le poivre, les graines de coriandre finement pilées et de sel.
  3. Mettez la viande à mariner, en vous assurant que la viande est entièrement recouverte. Idéalement, la viande doit rester ainsi au réfrigérateur pendant 2 jours, mais si vous êtes pressé, un jour suffit.
  4. Embrocher la viande et la faire rôtir au barbecue. Cette méthode de cuisson lente sur un feu rend non seulement la viande tendre, mais elle ajoute également une saveur formidable. Vous pouvez aussi la faire cuire dans une poêle bien chaude ou au grill dans votre four.

Roulés aux aubergines et aux noix

Ingrédients (4 pers)
  • 3 aubergines
  • Huile de pépins de raisins
  • 1 cuillère à soupe d’huile de noix
  • 120 g de noix fraîches
  • 1 gousse d’ail
  • 1 cuillère à café de coriandre moulue
  • 1 cuillère à café de curcuma
  • 1 cuillère à café de vinaigre
  • 60 ml d’eau bouillante
  • Un demi bouquet de coriandre fraîche (ou persil frais)
  • 1/2 grenade
  • Sel
Préparation 30 mn
Cuisson 10 mn
Repos 30 mn
  1. Lavez et coupez les aubergines en fines tranches de 5 mm. Saupoudrez les de gros sel et laissez les reposer 30 minutes.
    Dans un bol de robot hachoir mettez les noix, l’ail et les épices. Ajoutez l’huile de noix et mixez le tout. Versez le vinaigre et l’eau bouillante et mixez de nouveau. Versez la pâte de noix dans un bol et ajoutez la coriandre hachée et les graines de grenade (gardez quelques graines pour la décoration des assiettes). Réservez
  2. Essuyez les tranches d’aubergines. Chauffez l’huile de pépins de raisin dans une poêle. Déposez les tranches d’aubergines et laissez cuire 4-5 minutes de chaque côté. Déposez les aubergines sur du papier absorbant et laissez refroidir. Une fois froides, déposez la pâte de noix sur la tranche d’aubergine et les rouler pour former un rouleau.
  3. Dressez une assiette avec les rouleaux d’aubergines. Saupoudrez de coriandre hachée fraîche et de graines de grenade.

Boulettes aux épinards et aux noix de grenade

Pkhali ou fkhali est un plat de la cuisine géorgienne composé de légumes hachés, qui peuvent inclure du chou, des aubergines, des haricots, des betteraves ou des épinards, mélangés avec des noix moulues, du vinaigre, des oignons, de l’ail et de la coriandre.

Comme nous avons déja un plat avec des aubergines, j’ai opté pour les épinards: ispanakhis pkhali.

Ingrédients (4 pers)
  • 700 g d’épinards frais
  • 220 g de noix
  • 1 bouquet de coriandre hachée
  • 4 gousses d’ail, hachées finement
  • 1 oignon vert, haché
  • 2 cuillères à soupe de vinaigre de vin rouge
  • 4 cuillères à soupe d’huile de noix
  • 1 cuillère à café de coriandre moulue
  • 1 cuillère à café de fenugrec moulu
  • Sel
  • Poivre
  • Graines de grenade
Préparation 20 mn
Cuisson 5 mn
  1. Blanchir les épinards dans un grand volume d’eau bouillante salée pendant 5 minutes pour les ramollir
  2. Égouttez-les et plongez-les immédiatement dans un grand volume d’eau glacée pour arrêter la cuisson et les garder vertes. Égoutter et presser pour extraire un maximum d’humidité
  3. Hachez grossièrement les épinards.
  4. Broyez les noix pour obtenir une poudre grossière
  5. Mélanger les noix moulues avec tous les autres ingrédients pour obtenir un mélange homogène. Formez de petites boulettes garnies de graines de grenade, de feuilles de coriandre et / ou de noix entières et réfrigérez pendant 6 heures avant de les manger

Le dessert

Gozinaki

Les desserts traditionnels consommés à Noël en Géorgie comprennent le gozinaki, des bonbons au miel et aux noix et des churchkhela, friandise aux noix.

Un « tabla » symbolique, un petit plateau avec des bonbons, est servi à la fin du repas de Noël.

Churchkhela

Churchkhela est la plus populaire des friandises en Géorgie. C’est une chaîne de noix trempées dans un sirop fait à base de jus de raisin et mis à sécher. Le sirop, une fois sec, forme une enveloppe qui ressemble un peu à de la gelée autour des noix. 

Pour mon dessert, je vais rester très traditionnelle. Je vais servir une bûche de Noël, notre dessert français pour cette occasion. Car un Noël sans bûche n’est pas tout à fait Noël !

Conclusion

J’espère que vous apprécierez ce repas géorgien de la même manière que je l’ai apprécié moi-même. La cuisine géorgienne est si savoureuse et généreuse.
J’ai également servi la sauce Satzivi avec du poisson et du tofu. C’est un excellent choix pour satisfaire tout le monde.
Bon appétit !

Je vous souhaite à tous un joyeux Noël, et de merveilleuses fêtes de fin d’année.

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